Le charme d’Adonis opère à Jamhour

L’Orient Le Jour, 29 octobre 2014

Le charme d’Adonis opère à Jamhour

Par Zeina Saleh Kayali

Une vue du spectacle. Press Photo

Une vue du spectacle. Press Photo

Après sa création mondiale à l’Unesco à Paris, l’opéra d’Orient du compositeur libanais Wassim Soubra « Les Jardins d’Adonis » a été présenté en l’église Notre-Dame de Jamhour, par le Festival international de Baalbeck et le Centre du patrimoine musical libanais (CPML).

Depuis la nuit des temps, la légende d’Adonis est racontée aux enfants libanais. Ce dieu si jeune et si beau, tué par le sanglier et dont le sang rougit chaque année le fleuve de Nahr Ibrahim, hante l’imaginaire collectif et celui de Wassim Soubra. Compositeur libanais établi en France, Soubra a tiré, de ce qu’il appelle un «mythe fédérateur», une œuvre lyrique totalement originale, entre cantate orientale et opéra de chambre. Ce soir-là le public, venu très nombreux à Jamhour, était curieux de découvrir la démarche de l’artiste. Et il n’a pas été déçu, loin s’en faut.

L’œuvre se présente en trois parties, alternant les récitatifs, les pièces vocales et les pièces instrumentales. À chaque partie correspond une phase du parcours d’Adonis, sa naissance, sa mort et sa renaissance. Mélange subtil d’influences orientales, de rigueur occidentale et de créativité jazzy, la musique de Soubra coule naturellement, tantôt se positionnant comme un interlocuteur principal ou alors plus en retrait, afin de rehausser les textes de Bertrand Leclair (en français) et de Dima Rifaï (en arabe).
Autour du compositeur et des librettistes, une distribution de choix porte la parole et le chant par les voix de trois grandes prêtresses d’Adonis : la comédienne Anne Jacq, la soprano Patricia Atallah et la mezzo-soprano Blandine Staskiewicz. Elles racontent la légende, tantôt gaies pour annoncer la naissance du dieu, tantôt tristes pour en déplorer la mort, mais toujours confiantes dans sa jeunesse éternelle. Toutes trois, pour clôturer l’opéra, entonnent Femmes de mon pays, poème de Nadia Tuéni et hymne au courage des femmes libanaises, à l’image de Myra, la mère d’Adonis qui, avec les femmes de Byblos, ne s’est jamais laissé envahir par le découragement.
Les chanteuses et la comédienne sont accompagnées par un quintette à l’homogénéité parfaite, mais où chaque instrument ne craint pas de prendre la parole à tour de rôle, jouant pleinement son rôle de soliste: au piano Wassim Soubra, au violoncelle Emma Miton, au saxophone Clément Duthoit, aux percussions Pierre Rigopoulos et au oud Khaled al-Jaramani.

Le public, heureux de découvrir une pièce originale du patrimoine musical libanais et ému (aux larmes pour certains) du contenu de cette œuvre, réserve aux artistes une standing ovation qui se prolonge pendant de longues minutes.

Saluons les deux institutions qui ont conjugué leurs efforts pour rendre ce moment possible: le Festival international de Baalbeck dont le rôle fondamental et toujours innovant dans le paysage culturel et artistique libanais n’est plus à prouver, ainsi que le Centre du patrimoine musical libanais qui œuvre inlassablement à la conservation et à la valorisation des musiques libanaises dans toute leur beauté et leur diversité.

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