« Les Jardins d’Adonis », une création mondiale de l’opéra d’Orient à Paris

L’Orient Le Jour, 24 juin 2014

« Les Jardins d’Adonis », une création mondiale de l’opéra d’Orient à Paris

Par Z.K.S.

La mezzo-soprano Blandine Stastkievicz, la soprano Patricia Atallah, un contraste entre Orient et Occident modelé par Wassim Soubra (piano). Photo Tony el-Hage

La mezzo-soprano Blandine Stastkievicz, la soprano Patricia Atallah, un contraste entre Orient et Occident modelé par Wassim Soubra (piano). Photo Tony el-Hage

CONCERT
« Les Jardins d’Adonis », opéra d’Orient du compositeur libanais Wassim Soubra, est une création mondiale qui a été présentée à l’Unesco, à Paris. Un événement placé sous le patronage de l’ambassadeur Khalil Karam, en partenariat avec le Festival international de Baalbeck.

C’est en présence de l’ancien président de la République Michel Sleiman et du ministre de la Culture Rony Arayji, tous deux accompagnés de leurs épouses, que s’est déroulé ce concert. Il ne restait pas un strapontin de libre dans la grande salle I de l’Unesco qui peut pourtant accueillir 1 400 personnes, et la délégation permanente du Liban, organisateur de l’événement, refusait, depuis le début du mois de juin, des dizaines de demandes de réservations par jour. Un succès dépassant toutes les espérances pour cette œuvre lyrique libanaise présentée en première mondiale par une équipe artistique franco-libanaise du plus haut niveau. Cette nombreuse assistance était composée d’ambassadeurs accrédités auprès de l’Unesco, ainsi que de grandes figures de la communauté libanaise et d’un nombre impressionnant d’amoureux de la musique, tant libanais que français. Les mécènes de la soirée (la société informatique Infocubed, la fondation Robert Alfred Matta et la maison d’édition Berger Levrault) avaient eux aussi convié de nombreuses personnalités à découvrir les mystérieux et fascinants Jardins d’Adonis

« Ni d’Orient ni d’Occident, mais le produit de leur synthèse. » C’est ainsi que, dans son allocution de bienvenue, l’ambassadeur Khalil Karam, délégué permanent du Liban près l’Unesco, a défini les musiques libanaises « dont le compositeur et pianiste Wassim Soubra est un brillant représentant ». Après avoir expliqué l’origine des musiques libanaises écrites, qui ne datent que du début du XXe siècle, l’ambassadeur Karam a conclu en affirmant que celles-ci sont « transcommunautaires et donc communes à tous les Libanais qui peuvent s’y retrouver et s’en prévaloir ».
Quant à Nayla de Freige, présidente du Festival international de Baalbeck, venue spécialement pour l’occasion, elle a lancé un vibrant appel en faveur du festival « qui va bientôt fêter ses 60 ans et qui est le plus ancien du Moyen-Orient ». Elle a présenté la programmation 2014 annonçant en avant-première qu’en 2015, le patrimoine musical libanais sera particulièrement mis à l’honneur.
La partie artistique, qui démarre par la suite, est tout à fait à la hauteur d’une attente aussi fiévreuse. La légende du dieu Adonis est contée dans une alternance de textes de Bertrand Leclair, merveilleusement récités par la comédienne Anne Jacq et de pièces chantées par la soprano Patricia Atallah et la mezzo-soprano Blandine Stastkievicz. Le contraste saisissant entre ces deux voix si pures, l’une d’Orient l’autre d’Occident, apporte une richesse immense au propos et quand elles s’élèvent et se mélangent dans une incantation ou une berceuse, le public est au bord des larmes.

Au piano, Wassim Soubra mène le quintette instrumental avec un mélange de fermeté et de sensibilité qui n’appartiennent qu’à lui et, à tour de rôle, chaque instrumentiste devient soliste à part entière. L’homogénéité entre des instruments aussi différents que le oud (Khaled al-Jaramani), le violoncelle (Emma Miton), les percussions (Pierre Rigopoulos) et la clarinette (Clément Duthoit) n’est pas chose aisée à obtenir, mais la musique de Soubra réussit parfaitement cet alliage inédit et la virtuosité des musiciens fait le reste.
Le concert se termine en apothéose par le poème de Nadia Tuéni, « Femmes de mon pays », mis en musique par Wassim Soubra et interprêté avec une émotion palpable et une simplicité touchante par la comédienne et les deux chanteuses. Alors n’y tenant plus, le public bouleversé se déchaîne dans une formidable standing ovation.
Des productions telles que « Les Jardins d’Adonis » prouvent la vitalité de la création musicale libanaise à travers le monde et montrent au public occidental la véritable image du Liban, celui d’un pays de culture, berceau d’une civilisation ancestrale et raffinée.

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